extraits
 
 

Quand on vous parle de rencontrer un ange,
ça commence plutôt mal, mais forcément, quelque part, ça interpelle. Ça interroge. Ça rassure peut-être autant que ça révolte. Ça rend curieux. Évidemment dubitatif. Mais ça invite aussi à parler plus doucement, presque à voix basse. Ça incite.





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Nous sommes avec eux, au bord de la mer,
sur la côte ouest du Cotentin. Au Nord, près
des falaises.





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Que saurions-nous léguer d’autre à nos enfants, que cette envie de vivre, la nôtre, aussi folle
soit-elle ? Que cette capacité à reconnaître
et à nommer chacun des miracles
qu’ils auront à rencontrer ?





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J’aimerais être sûr de pouvoir, un jour, porter l’étincelle. Non pas pour être différent. Mais pour être moi. Juste moi. Et savoir que ma vie
a un sens. Que je porte aussi ma part de lumière et de chaleur. Je crois à l’étoile, à la bonne fortune, mais, plus encore, je crois aux anges,
à ceux qui sont là, en silence, à nos côtés.
À ceux qui voient les autres angles et qui nous parlent de nous, pour nous, pour peu qu’on se taise… et qu’on les laisse aussi nous approcher !
À ceux qui nous disent toutes ces choses, que nous portons et qui nous échappent. Et je crois aussi, encore et encore, et plus intensément encore, à ce qui brûle au fond de nous – et qui, précisément, les appelle et qui les guide !
Et je crois à l’ange, à l’autre, celui qui,
quand tu es perdu, te ramène exactement
là où il faut. Quand il faut. Je crois à la lumière.




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Quand on est lu, c’est qu’on est entré quelque part. Chez quelqu’un. Évidemment !
Mais avant, c’est chez soi qu’il a fallu pénétrer. Souvent sans frapper et parfois même
par effraction. Quand on écrit, c’est moins
pour être lu, que pour être pris. Pour être pris !
Je veux dire, pour servir un dessein qui
souvent nous échappe !




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Quand on parle de désir et de mains qui peuvent servir une femme et la caresser, parle-t-on un peu plus doucement et presque à voix basse.





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Et quand on parle de ses parents qui vous manquent, forcément parle-t-on plus doucement ou presque à voix basse, comme s’ils étaient là,
à vous écouter. Surtout s’il y avait là, encore
et près de vous, quelqu’un qui, peut-être,
les connaissait ou qui, du moins, en sait bien
plus qu’il ne le dit.






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Il faudrait, en fait, pouvoir, d’un rire, retraverser son enfance et tout refaire. Mais cette fois,
à pas lents.





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Et je sais encore la douceur de sa peau, de ce toucher près des seins. Et de l’autre à l’aine.
Et je sais encore son sexe, quand il était
à la dérive. Il me suffisait alors d’en cueillir
les présents, comme autant de messages
pour contempler mon enfance et la sienne,
tout à coup scellés dans un seul et même instant. Et puis, d’un doigt insolent et terriblement complice, je pouvais, je savais, dénouer chacune de ses amarres. Et, dans l’assaut qui parfois s’ensuivait, je savais encore m’enfoncer, loin
dans la terre, empoigner le temps, serrer fort
son âme et ses yeux, comme un naufragé
qui vient d’atteindre sa rive… Et, le tout,
avec une conscience extraordinaire
de ce que nous faisions et de qui nous étions !






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C’est comme un besoin de dire merci à tous ces auteurs, à ces porteurs de haches ou de ciseaux, tantôt bouteurs ou bien béliers, tantôt délicats, malades, poètes ou jardiniers, à ces magiciens ! Et merci à ces cantonniers ! À tous ces écrivains qui, sans le savoir, ont su ouvrir et dégager en moi des territoires aussi grands que des rêves ! Beaucoup d’entre eux ne sont plus là pour m’entendre le leur dire ! Mais j’aimerais, à mon tour, pouvoir ouvrir, ici ou là, quelques brèches, donner des repères à quelqu’un, laisser une trace, une empreinte ou quelque chose d’utile. J’écris pour effacer cette dette !

 

suppose
qu’un ange

Frontispice

David Giannoni

Couverture

Philip Rebstock


l’Arbre à paroles, 2023



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« On écrit juste pour apprendre aux anges que nous sommes passés par là et pour dire aux morts qu’ils fassent un peu moins de bruit. »       Michel Schneider  https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Schneidershapeimage_7_link_0
Philip Rebstock

Né en 1949, Philip Rebstock vit actuellement à Houston (USA). Grand professionnel de la photographie humide, argentique et numérique, il a travaillé 37 ans dans la mode, la publicité et la reproduction d’oeuvres d’art. Il s’est également intéressé à la peinture et à différentes techniques « mixtes » de collages sur des supports aussi différents que le bois, le papier ou le textile. Ses oeuvres ont été exposées, publiées ou vendues à des collectionneurs institutionnels ou privés, essentiellement américains. Il a développé un univers très personnel et continue à explorer toutes les possibilités que lui offrent les nouvelles technologies.    


Site Internet de Philip Rebstock      

Suppose qu’un ange
« Il ne faut jamais rester au seuil de son âme. 
Il faut y descendre, y réfléchir, y méditer, 
y travailler et s’y laisser travailler. »

Marthe Robin
Philip Rebstock
le « San » de David Giannoni   https://www.maelstromreevolution.org/auteurs/item/29-david-giannonishapeimage_12_link_0
Philip Rebstock
Outre le tirage courant, dit ordinaire, un « tirage de tête » de 30 exemplaires, numérotés de 1 à 30, a été constitué. Imprimés sur un papier supérieur, un Vergé Conquéror 100 g, ces 30 exemplaires sont tous signés et accompagnés d'un ‘San’ unique (environ 11x16 cm) et différent à chaque fois, de l’artiste David Giannoni.