extraits
 
 

Pense à déclarer le grain

Qu’on pile, casse

Et poudroie

Sur les bords lumineux

Des clos d’Écalgrain.

Pense à te faire vigile,

À venir, de jour

Ou de pluie,

Vérifier que les vagues

Finissent

Par se briser.




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Ce que tu vois

N’est pas – n’est plus

Ce que tu vois.




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Pense à peindre ces chasses

Sous des haies

De ronces

Où se tissent

Des murs de mûres

Et de pierres sèches.




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Mais pense d’abord à danser,

Improvise

Et garde intacte

La chance que tu as

De vaincre

Ton sort.




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La mer est d’ici

C’est entendu.




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Pense à dire la terre

Le silence,

Les chemins

Qui s’enterrent,

Le vent

Qui sèche

Nos pleurs

Et les morts

Qu’on sent,

Qui soufflent

Sous les fleurs,

Invitant

À nous taire,

À nous

Retirer.




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Pense à dénoncer la lumière

Sans limite,

Nos enthousiasmes

Et la beauté

Qui résiste et

Survit

Aux étreintes du ciel.




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Pense à prier pour les poètes

Les passeurs et les prêtres

Car c’est gageure ici de durer.




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N’oublie pas

Que cette terre aussi t’habita

Bien avant que tu ne songes

À y planter

Tes propres racines,

À y inviter tes amis.

Souviens-toi que la peur d’aimer

Fait souvent mal,

Mais que CE en quoi

Tu crois

Est LÀ réuni.

N’oublie PAS.

N’oublie pas

Que ta voix donne sens
Et qu’elle s’installe ICI,

Chaque jour,

Un peu

Plus.




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Pense à déclarer le grain

… à te gorger les yeux

… à peindre ces chasses

… à rappeler l’horizon

… à témoigner des tamarins

… à indiquer ces grèves

… à dénoncer la lumière

… à dire la terre

… à prier pour les poètes

… à croquer les vents

Pense à parler de l’ange

N’oublie pas.



 
éCALGRAIN
dessins de
Pierre Juhel
l’Arbre à paroles, 2018
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« J’ai la dimension de ce que je vois. »
 
Fernando Pessoa  Le livre de l’Intranquillité
Pierre Juhel

Né en 1950, Pierre Juhel a toujours vécu à moins de 50 km d’Ecalgrain. Depuis 10 ans, plusieurs expositions personnelles lui ont permis de croquer et de décliner la Hague et cette baie en autant de pastels, d’huiles ou d’aquarelles qu’il faut pour rendre compte et pouvoir témoigner de la singularité du lieu.            

Entretien 2008 - Université de Caen
éCALGRAIN
Que dit le vent qui passe ? 
Qu’il est vent et qu’il passe.

Abdellatif Laâbi